Le Pastel

 

Le Pastel et Toulouse à la Renaissance

    Depuis la haute antiquité la couleur bleue est la teinte préférée des rois et grands de ce monde. Elle est le symbole de la sagesse, de la piété, du bonheur et de la virginité comme à l'exemple de Marie toujours représentée avec une robe de cette couleur. L'azur domine, avec le ciel et la mer tous les autres éléments terrestres. En habillement, on peut la qualifier de « royale », souvenir d'une longue lignée suzeraine. Ce n'est donc pas étonnant que la Renaissance la privilégie au même titre que l'or pour donner plus d'éclat aux vêtements et aux tissus de décoration. De cette période faste, Toulouse va savoir en tirer parti.

    Pour obtenir un bleu parfait, résistant aux lavages successifs, on ne connaît en ce temps là que le pastel. L’Isatis Tinctoria est une plante résistant au chaud et au grand froid, d’un bon rendement à l’hectare, dont les feuilles peuvent servir à la nourriture du bétail et qui est connue depuis toujours pour ses vertus médicinales.

    Pour aller de la plante à la teinture, le travail est long. Il ne faut pas moins de 6 mois pour atteindre ce résultat. Une fois récoltées, les feuilles de la plante sont partiellement séchées puis broyées sous une meule. De cette pâte, on en fait de petites boules de 300 g environ nommées « coques ». L’Albigeois et le Lauragais, par la richesse de l’industrie du pastel, furent appelés « Pays de Cocagne », l’expression est restée. Ces coques sont entièrement séchées et deviennent le produit pour le stockage et le transport. Le produit final, l’agranat, résulte de la pulvérisation des coques qui prendra l’aspect de granulés pour servir de base à la teinture. Ils seront alors mis en sac et prêt à la commercialisation.

    Le Lauragais, Toulouse, Albi, Carcassonne, sont devenus au fil des ans le centre national du pastel, exerçant un véritable monopole sur la culture et les transactions. Celles-ci sont importantes puisque l'agranat est exportée en Europe entière. Au XVIe siècle, le prix de gros au départ de la manufacture d'agranement est d'environ 42 F ( € 6,40 ) auquel il va falloir ajouter taxes royales, municipales, le transport, paiement d'octrois et autres péages.

    C'est une véritable chaîne humaine que constitue l'industrie du pastel et qui fait vivre une grande partie de la population. Les paysans cultivent et récoltent la plante qui est ensuite conditionnée en coques par des ouvriers spécialisés. Puis, celles-ci sont ramassées par des collecteurs qui recherchent la meilleure qualité. Elles sont ensuite acheminées vers des agranoirs qui vont la traiter pendant au moins 16 semaines. C'est là qu'interviennent les riches marchands toulousains. Ils achètent la production des manufactures aux collecteurs, lui font suivre leur réseau de distribution européen, bien souvent vers le port de Bordeaux, et au final partagent les bénéfices mais aussi parfois les pertes.

    Bien qu'il se vende du pastel à Toulouse depuis 1350, l'âge d'or se situe entre 1500 et 1550. C'est à cette époque que vont se constituer de véritables fortunes dont vont bénéficier des familles comme Boisson, Lancefoc, Bernuy, Cheverry, d'Assézat. Tous de condition roturière, ils achètent titres de noblesse, sont élus au Capitoulat et construisent des hôtels particuliers qui font encore aujourd'hui la beauté de Toulouse.

    Le pastel a un concurrent en matière tinctoriale : l'indigo. Mais les importations en provenance d'Asie par les ports de Marseille, Gênes ou Londres dès le XIe siècle ne sont pas suffisantes pour couvrir les besoins et le coût reste élevé. L'habileté dans la réalisation du pastel et la production allemande, française et italienne satisfait alors tous les acheteurs.

    Mais la découverte du Nouveau Monde, la culture de l'indigo qui s'intensifie, les échanges de plus en plus nombreux par les voies maritimes vont faire connaître et apprécier de plus en plus cette plante. Elle a l'avantage de se présenter sous forme de poudre bleue 20 fois plus dense que le pastel et plus facile d'emploi. En outre, son prix est 6 fois moins élevé. Dès lors, et malgré les entraves politiques et douanières, l'indigo va s'imposer dans toute l'Europe.

    Le pastel mourra au milieu du XVIIIe siècle, le Lauragais retournera à des cultures plus traditionnelles et Toulouse s'endormira pour quelques siècles avant l'arrivée des industries de pointes.

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