Les Jeux Floraux

 

Les 7 troubadours, en juges, écoutent un poète déclamer ses vers.

    Le mardi après la fête de la Toussaint de l'an de grâce 1323, à Toulouse, se réunissent 7 riches bourgeois dans le verger appartenant au monastère des religieuses de l'ordre de saint Augustin, dans le faubourg Saint-Aubin, pour y fonder ce qui va devenir la plus ancienne Académie d'Europe. L'histoire doit se souvenir de Bernat de Parnassac, écuyer, Guilhem de Lobra, bourgeois, Béringuier de Saint-Planquat, changeur, Peyre de Méjanessera, changeur, Guilhem de Gontaut, marchand, Peyre Camo, marchand, et Bernat d'Oth, notaire qui constituèrent la « Compagnie du gai savoir ». Ils sont connus à Toulouse sous le nom des 7 troubadours. Ils firent appel à tous les Trouvères, Ménestrels du Midi pour participer à un concours de poésie en ces termes :

Als honorables e as pros
Senhors, amis e companhos,
Asquals, es donat le saber
Don creish als bos gaug e plazers,
Sens e valor, e cortesia,
La sobre gaïa companhia
Dels set trobadors, de Tolosa,


    Aux honorables seigneurs et amis, compagnons qui possèdent la science mère de la joie, le plaisir, le bon sens, le mérite, la courtoisie ; la très gaie compagnie des sept troubadours de Toulouse, salut et joyeuse vie.
[----]
    Et pour que chacun mette tous ses soins dans la composition de ses poèmes, nous promettons de donner, par un jugement équitable, une violette d'or fin, pour marque d'honneur au meilleur ouvrage : nous n'aurons aucun égard ni à la position, ni à la naissance du poète : notre choix sera déterminé par la beauté des vers.

    La joute est fixée au premier mai et la remise du prix le trois de l'année suivante. C'est cette date qui se perpétuera à travers les siècles.

    Plus tard, deux autres prix viennent s'ajouter à la violette d'or : un souci d'argent et une églantine d'or, prix consentis par les Capitouls soucieux de développer les arts dans le Languedoc. Les « Présidents de la Compagnie du gai savoir »  prennent le nom de « mainteneurs » chargés du maintien de la gaie-science et Guillaume Molinier, chancelier de la compagnie, est chargé de la rédaction des « Leys d'amor », les lois d'amour.

Clémence Isaure

Clémence Isaure décernant, en 1498, l'Eglantine d'or au poète Bertrand de Rouaix.

    En 1515, les mainteneurs changent le nom de leur société en « Compagnie des Jeux Floraux ». Dans le même temps on parle de Clémence Isaure, née en 1450 à Toulouse, appartenant à l'antique et respectable famille Isaurus dont un membre fut l'un des rois de l'histoire fabuleuse de Toulouse.

    Dans sa jeunesse, elle tombe amoureuse d'un preux chevalier, aimant les arts et la poésie, qui disparaît au combat. Elle en gardera le chaste souvenir et ne se mariera point de sa vie. Elle se consacre alors à la poésie et remporte plusieurs prix au concours de la Compagnie du gai savoir. Nombre sont ceux qui vantent ses vers. Pendant la guerre contre les Anglais, c'est elle qui va maintenir à bout de bras les Jeux Floraux en y apportant son charme et sa grâce, en donnant elle-même les prix aux heureux vainqueurs et en remettant en vogue cette assemblée qui était un peu tombée en désuétude. Elle légua à la ville tous ses biens qui étaient, paraît-il, fort nombreux, à charge pour les Capitouls de subvenir aux dépenses et aux frais de la Compagnie des Jeux Floraux. Elle en fut ainsi la grande bienfaitrice. Pour maintenir la flamme du souvenir, à partir de 1527, un des mainteneurs fera l'éloge de Clémence Isaure à chaque ouverture des Jeux. Elle devient, par sa virginité établie, par sa protection des arts, par sa participation aux Jeux, la muse, la déesse mythologique que tout poète rêve de courtiser et de servir.

    Pour leur rappeler leur devoir, Jean Bodin d'Angers, grand admirateur de Clémence Isaure, harangue, en 1558, les Capitouls en une séance publique. Ceux-ci semblent avoir du mal à se souvenir de cette dame Isaure et de ce don. Ils demandent à Jean Bodin de fournir le contrat de donation. Mal leur en prend car le poète accuse alors les Capitouls d'avoir détruit ce contrat pour se soustraire à leur charge. Voilà nos édiles les obligés des Jeux Floraux.

    Mais l'incertitude s'est installée. Beaucoup doutent de cette Clémence, de sa parenté, de son père Louis, dont le nom est pourtant, assure-t-on, inscrit dans les registres de la ville. Certains vont jusqu'à penser que se sont les Capitouls eux-mêmes qui ont inventé le personnage pour maquiller les comptes de la ville. En effet, non content d'avoir légué sa fortune à la ville, ce sont, jardins, marchés, terres dont la vierge mythique a fait don à la ville. D'ailleurs, sa statue, que l'on peut encore voir en l'hôtel d'Assézat, est un faux. Commandée par les Capitouls en 1627 elle est l'assemblage d'une tête de statue funéraire provenant de l'église de la Daurade et le corps arrangé (on a changé les bras) d'une gisante de la famille des Isalguier, Bertrande. De fait, si au début des Jeux, c'est la Vierge Marie qui en est la protectrice spirituelle (on vient à la Daurade offrir les fleurs d'or et d'argent) Clémence Isaure en devient la représentation humaine mais aussi la vierge céleste. Substitution pratique.

    D'après les historiens ou la légende, c'est au lecteur de choisir, la vierge meurt en 1500.


    Un chroniqueur toulousain cite ces vers dans son ouvrage consacré à l'affaire :

« Notre Isaure n'a rien de ce Monde éphémère
Et vous qui demandez des traces à la terre
Regardez plutôt vers les cieux… »

    La Compagnie des Jeux Floraux va doucement tomber en désuétude. Sous Louis XIV, celle qui est devenue le Collège de Rhétorique, en abandonnant l'occitan, demande la protection du roi qui la lui accorde en 1694 sous forme de lettres patentes et lui donner ainsi un regain d'intérêt. Les plus grands y concourent. Fabre recevra l'églantine d'or et signera dès cet instant sous le nom de Fabre d'Eglantine, Victor Hugo et Chateaubriand y sont couronnés, Frédéric Mistral en sera un des mainteneurs et l'occitan revient en 1895.

Siège actuel des Jeux Floraux.

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