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L'ange
gardien.
Je marchais seul
depuis un moment dans cette forêt aux portes de Toulouse : la forêt de Bouconne. On
disait d'elle que c'était un des lieux privilégiés du Diable. D'ailleurs l'étymologie
de son nom ne semblait-elle pas venir de Bouc, corne ? Le bouc ayant toujours représenté
dans l 'imagerie traditionnelle le Diable et la corne un de ses attributs.
Je marchais donc depuis un moment et, bien que pensant ne pas être
très loin de ma voiture, je commençais à me demander si je ne m'en étais pas trop
éloigné. J'essayais de retrouver mon chemin lorsque, au détour d'une clairière, je
remarquais un immense chêne majestueux, montant droit dans le ciel et répandant ses
racines autour de lui. Un feuillage vert le couronnait. Mais ce qui me surprit et me fit
sursauter c'était une forme à ses pieds. De loin je distinguais mal. M'étant approché,
je restais figé par la scène. Une petite fille gisait là, les bras étendus, une grosse
branche sur elle. En un instant je compris la situation. Elle avait dû vouloir grimper à
l'arbre pour jouer, la branche s'était cassée et en tombant sa tête avait cogné une
grosse racine. Que pouvait donc faire cette enfant seule au milieu de la forêt ? A n'en
pas douter l'événement venait de se produire. Je voulais me précipiter pour lui porter
secours mais je restais paralysé. Je ne pouvais plus faire un seul mouvement. J'avais
beau essayer de bouger, je restais sur place. Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait.
Regardant interloqué le bout de mes chaussures qui n'avançaient pas
d'un millimètre, je relevais la tête et, comme dans un rêve, je vis quelqu'un sortir de
derrière le tronc massif, la main légèrement appuyée dessus, dans une attitude noble,
irréelle. Plus encore que sa haute stature, ce furent ses habits d'un blanc lumineux qui
attirèrent mon regard. Les décrire me serait impossible. De même, j'imaginais que je
voyais bien son regard, un regard fait d'amour, de compréhension, de tendresse.
Aujourd'hui encore je ne suis pas sûr des mots qui auraient pu décrire ce que je suis
bien obligé d'appeler un regard. M'ayant aperçu, l'homme, si s'en était un, leva sa
tête dans ma direction. Je fus aussitôt apaisé, tranquillisé, le sort de la petite
fille étendue inconsciente me paraissait, non pas sans plus d'importance, mais réglé,
arrangé. L'homme se pencha alors vers elle, lui remit en place une mèche de ses cheveux
et lui appliqua la main sur le front. Aussitôt les yeux de l'enfant s'ouvrirent et elle
lui sourit. Celui-ci se releva lentement en lui rendant son sourire et disparut derrière
le chêne. Sans trop savoir comment, je me retrouvais en train de courir vers le lieu de
l'accident en même temps qu'un couple qui surgit de l'orée du bosquet. Nous arrivâmes
ensemble auprès d'elle. Déjà, la petite fille se relevait.
- Je l'ai vue tomber, dis-je.
Que pouvais-je dire sinon un mensonge après ce qui venait de se passer
?
Les parents réconfortèrent l'enfant, l'entourant de leur amour, la
rassurant de paroles et l'emmenèrent. Derrière le tronc du chêne : personne.
Le soir tombait déjà et, dans le flot de véhicules qui allait vers
Toulouse, il me semblait que sur le siège arrière de ma voiture quelqu'un était assis
là et veillait sur moi.

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