Chartres : le vaisseau de pierre

 

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Lettre du bout du monde. Chartres : la cathédrale-vaisseau de pierre.

 

Petit voyage initiatique


    Cher Daniel.

    Je t'ai déjà parlé du magnétisme terrestre et de ses effets nord-sud et est-ouest. Tu te souviens que leur direction respective forme un réseau parfait en H qui peut, cependant, être déformé par des influences souterraines, comme, par exemple, un cours d'eau ou un lac, pouvant ainsi induire un magnétisme opposé. De cette déformation naissent des influences telluriques en surface, positives ou négatives.

    Cette connaissance très ancienne de la vie de la terre était appliquée jadis lorsque l'on voulait bâtir un édifice. Malheureusement, aujourd'hui, les constructions anarchiques de nos grandes cités n'obéissent plus qu'à la volonté de l'urbanisme et du profit plutôt qu'à une recherche de vie harmonieuse avec les éléments naturels qui nous entourent. Il ne reste rien de cette science d'autrefois que quelques édifices qui nous permettent de mesurer l'ignorance dans laquelle nous sommes tombés.

    Profitant de mon séjour à Paris et des quelques instants de loisirs qui m'ont été donnés, j'ai voulu retrouver les sources de la sagesse ancienne.



    Il n'est pas nécessaire de partir très loin pour découvrir le merveilleux, il est parfois au coin de la rue. J'ai tout de même été plus loin pour cela.

    Il y a longtemps que je voulais visiter la Cathédrale de Chartres la connaissant non seulement comme l'un des monuments historiques et religieux le plus important de France, mais aussi comme le plus ésotérique.

    Me voilà donc parti un dimanche en fin de matinée à la découverte de cette légende. Il y a peu de Paris à Chartres. Quelques heures plus tard, je suis en vue de la ville. Ce qui frappe tout d'abord le voyageur, c'est d'aussi loin que l'on puisse voir, seule la cathédrale se détache dans le ciel, le reste des maisons et des immeubles sont tout en dessous ne dépassant pas la hauteur de trois à quatre étages. Bâtie sur le plus haut point de la ville, elle émerge telle un vaisseau de pierre voguant sur les immenses champs de blé alentour. La périphérie est semblable à toutes les périphéries des villes modernes : des centres commerciaux et des supermarchés qui étirent leurs longues façades sur les grands axes de sortie. Par contre, le cœur de la cité, tout près de l'Eure, n'est que petites maisons particulières semblant venir d'un autre âge : maisons médiévales aux façades croisées de poutres, petits balcons fleuris, grosses maisons de maître aux murs de pierre, portails ciselés ouvrant sur des jardins secrets. Les rues escarpées déroulent leurs pavés pour conduire en serpentant vers la cathédrale qui domine le passant de ses 105 m de hauteur. Montée vertigineuse de ses deux tours coiffées chacune d'une flèche étrangement dissemblable. A côté de l'édifice, planté au centre d'une place étroite, on se sent encore plus petit. Il faut lever les yeux pour en voir toute la splendeur, comme si l'architecte avait voulu que les hommes aient obligatoirement le regard tourné vers Dieu.

    Je commençais la visite par la crypte. Après avoir descendu quelques marches, j'entrais dans un corridor en colimaçon qui pénètre sous la cathédrale. Quelques chapelles sont disposées à espace régulier le long de ce couloir. Si dans les autres cryptes on retrouve les sarcophages des anciens dignitaires religieux, des chevaliers et nobles des temps d'avant, là, rien. Aucune sépulture dans ces vieux murs de plus de 800 ans ne vient rappeler la mort, tout y est fait pour exprimer la vie ; bien qu'en général, symboliquement, ce qui est sous terre appartient au côté des ténèbres, aux choses cachées.

    Plus loin, se trouve une pièce où l'on peut voir les soubassements des premières églises carolingienne et mérovingienne sur l'emplacement desquelles fut construit l'actuel bâtiment. Car, bien qu'érigée au XIIe siècle, la cathédrale repose sur des fondations plus anciennes. En fait, ce fut de tout temps un endroit de culte, un endroit de vénération.

    Les premiers à y célébrer le divin furent les druides, qui tenaient aussi des réunions sacrées dans la forêt des Carnutes toute proche. Chartres tire d'ailleurs son nom de cette forêt et du peuple qui y habitait. Sur le promontoire de la ville, les prêtres celtes creusèrent un puits de 30 m de profondeur à l'aplomb d'une rivière souterraine. Son eau était sacrée et ceux qui en buvaient, recevaient de la terre les bénéfiques vibrations pour la régénération de l'âme et du corps. Ils auraient pu tout aussi bien prendre l'eau du fleuve tout proche mais leur connaissance des effets telluriques du fleuve sous-terrain avait fixé leur choix qui, pour beaucoup aujourd'hui, est incompréhensible. Le puits existe toujours. Ni les romains, ni les premiers chrétiens, ni l'inquisition n'ont fait disparaître ce symbole païen. En fait, tous les constructeurs des édifices suivant l'époque celte l'ont conservé, reconnaissant par-là même son haut pouvoir symbolique. Il est assez impressionnant de se pencher sur un puits de 30 m de profondeur. Mais, il est encore plus impressionnant de penser à ces hommes des temps anciens qui eux-mêmes s'y penchaient et en retiraient l'eau sacrée.

    Après le puits on découvre la chapelle principale. Au-dessus de l'entrée d'origine, le plafond a été peint de façon à représenter le ciel. La couleur en est d'un bleu foncé parsemé d'étoiles. Une main entourée d'un cercle, représentant l'infini, figurant la main de dieu, s'étend en protection sur celui qui passait par ce seuil. L'entrée en est aujourd'hui barrée par une statue de la Vierge Marie assise, tenant sur ses genoux l'enfant Jésus. A l'origine, il y avait une Vierge Noire, détruite au XVIe siècle. Les plafonds de la chapelle, ainsi que les murs, sont peints de nombreux motifs comme l'étaient tous les murs des églises aux premiers temps de la chrétienté. Il n'y a jamais rien de décoratif dans un lieu sacré ancien. Tout y est symbole et chacun a quelque chose à nous dire. Dans le coin Est, où se lève la lumière, est disposé un reliquaire qui contient, d'après l'histoire, le voile de la Vierge Marie lorsqu'elle enfanta. Il a été prouvé, grâce au carbone 14, que ce voile a bien 2000 ans d'existence. Une étude de l'étoffe a montré que la façon du tissage ne se retrouve qu'en Judée et une analyse du pollen des fleurs, découvert inséré dans les fibres, a démontré qu'il provenait de celles ne poussant que dans cette région. Devant cette sainte relique, qu'elle soit vérité ou légende, j'ai médité sur le temps et les Hommes.

    Ressortant de la crypte, je suis allé admirer, en essayant de prendre le plus grand recul possible, la magnifique façade de la cathédrale. Il est étonnant de voir les similitudes qui peuvent exister entre l'architecture sacrée égyptienne et chrétienne. Lors de mon séjour en Egypte, il m'a été donné de visiter nombre de temples pharaoniques. Ils présentent les mêmes conceptions architecturales que les cathédrales. Ils sont tous construits sur des emplacements à forte résonance tellurique et sont pourvus de trois entrées en façade dont une principale, comme les trois portails des cathédrales. A l'intérieur, on arrive à l'autel par une allée centrale bordée d'une salle hypostyle sur les côtés et l'orientation de l'axe principal est le plus souvent tourné vers l'est. Il est vrai qu'au début du christianisme les premières communautés les plus importantes se trouvaient en Egypte et que celles-ci empruntaient les temples déjà existants et abandonnés pour y célébrer leur culte. D'où la copie possible. Mais je crois trop aux bienfaits de l'architecture, de ses formes et de ses volumes influant sur le corps et l'esprit du visiteur, pour penser qu'il n'y a là qu'une coïncidence.

    J'ai rejoint ensuite un groupe de visiteurs pour bénéficier des connaissances d'un guide qui nous a décrit, avec force détails et exemples, l'ingéniosité et le savoir-faire des Compagnons qui ont construit Chartres, ses flèches de pierre qui s'élancent dans le ciel et ses centaines de statues gardant énigmatiquement les portails de la cathédrale. Puis nous avons admiré les splendides vitraux que l'on dit les plus beaux d'Europe et dont la couleur bleue dominante reste à ce jour inégalée, réalisée à l'époque avec du cobalt venant des pays de l'Est. J'avais emporté une petite paire de jumelles et, comme d'autres visiteurs, eux aussi prévoyants, bien installés dans des sièges disposés à cet effet, nous avons pu savourer tout le détail des rosaces, fleurs aux mille couleurs introuvables dans la nature.

    Un vitrail a particulièrement attiré mon attention car il représentait les douze signes du zodiaque. Chose normale des temps anciens où l'astrologie est enseignée à l'université mais qui peut sembler étrange aujourd'hui. Il faut se rappeler que la basilique Saint-Sernin avait tout autour de ses murs des plaques de pierre représentant les signes astrologiques. Mais au siècle des lumières, le rationalisme devenant triomphant, l'Eglise préféra retirer tout ce qui avait trait à l'ésotérisme. Heureusement il nous reste en France, comme à Chartres, avec son vitrail astrologique, quelques exemples qu'il aurait été difficile de faire disparaître sans entreprendre de coûteux travaux. Il en est ainsi du portail principal de Notre Dame de Paris véritable ode à l'Alchimie et qu'a très bien décrit Fulcanelli, un des plus grands alchimistes de ce siècle et dont je te recommande la lecture.

    Les vitraux, outre leur beauté qui force le respect, racontaient par l'image des passages entiers de la Bible aux gens illettrés d'autrefois. Ainsi, en plus du catéchisme et des prêches, ces scènes en couleur, resplendissantes dans le soleil, rappelaient-elles aux croyants les principaux événements bibliques et ce à quoi l'église, la chapelle, la cathédrale étaient consacrées.

    Les statues, placées à l'intérieur ou à l'extérieur, racontent aussi la vie des Saints et le travail des hommes, leurs sciences et leurs arts. On trouve ainsi, côte à côte, les personnages de l'Ancien Testament avec Aristote, Euclide, Donat, Ptolémée, Pythagore, Boèce et Cicéron. On a pu dire des monuments religieux qu'ils étaient des « livres de pierre ». Mais ces livres ne se laissent lire que par celui qui en prend le temps.

    Il y a toujours quelques mystères dans les monuments sacrés. Chartres n'y déroge pas. A un endroit bien précis, dans le sol bien aligné qui est celui d'origine, il y a une dalle posée en travers des autres. Dans cette dalle, en son centre, est planté un gros clou de cuivre. A quelques mètres se trouve le mur qui vient encadrer un vitrail. Dans ce vitrail il y a un trou bien ciselé, non fait par accident, non dû au hasard. Tous les ans au solstice d'été, le 21 juin, le soleil passe à travers ce trou et vient éclairer précisément le clou de cuivre. Cela n'a pas été sans me rappeler certains temples égyptiens dont les autels, situés au fond d'un couloir, sont éclairés pareillement.

    Dans l'allée centrale de la cathédrale, le sol a été construit à l'origine avec des pierres blanches et noires. L'agencement de celles-ci dessine un immense labyrinthe dont le chemin est blanc et les bordures noires. Un ami radiesthésiste m'a confirmé, après en avoir pris les mesures avec son pendule, que ce labyrinthe n'a pas été conçu dans un effet décoratif mais bien dans l'intention d'en faire un chemin initiatique. Le pèlerin va se « charger » en parcourant les quelque 200 mètres de dédale et, juste avant d'entrer dans le centre du labyrinthe, sur le seuil, va subir des effets telluriques qui affecteront négativement son corps physique. Faisant un pas de plus, il se trouvera au point vibratoire le plus haut qui élèvera son corps et son âme. On rencontre ce point, d'une force similaire, aux endroits où étaient initiés les Pharaons. Une sorte de mort avant l'illumination.

    Et là, on retrouve bien le schéma commun à toutes les anciennes initiations : mourir pour mieux renaître. Les pèlerins des anciens temps venaient et parcouraient ce chemin initiatique, se mettant en harmonie avec les vibrations venant du dessous et celles du dessus provenant des forces cosmiques. Je n'ai pas pu faire cet itinéraire car seul le centre du labyrinthe est visible, le reste étant recouvert par les chaises mises à la disposition des fidèles pour les offices. Je me suis tout de même placé au cœur du labyrinthe pour essayer d'en ressentir les vibrations.

    Comme ce centre se trouve en plein milieu de l'allée conduisant à l'autel, il fallait voir la mine de certains visiteurs me trouvant planté là dans une attitude « pas très catholique ». Il faut dire à ma décharge que, le 21 juin au solstice d'été, les autorités ecclésiastiques font enlever toutes les chaises et permettent aux pèlerins de refaire le même chemin du labyrinthe tel qu'il se parcourait au moyen-âge.

    Mais il y a autre chose encore. Quatorze cours d'eau se rejoignent sous l'ancien autel. Lorsque l'on en voit l'aspect on ne peut que s'étonner de la parfaite similitude géométrique qu'ils forment. Se sont-ils constitués naturellement ? Certainement pas, car on ne peut que songer à un autre grand lieu sacré : Saint-Jacques-de-Compostelle où l'on a trouvé des canaux souterrains similaires. Dans les années 1960, on a procédé à de grands travaux de restauration sous la cathédrale. Et qu'a-t-on pu constater ? Ces anciens canaux arrivant sous l'autel avaient été creusés de main d'homme. A Chartres ce n'est donc pas un caprice de la Nature, ni un grand hasard ou la main des dieux, mais véritablement l'omniscience des bâtisseurs. Ces canaux sont rappelés symboliquement dans la crypte autour de la Vierge noire par sept colombes, chacune représentée avec deux becs (2 x 7 = 14). Ainsi le prêtre bénéficiait des effets telluriques positifs procurés par l'agencement de ces cours d'eau. Malheureusement, le nouvel autel a été déplacé de plusieurs mètres et les énergies telluriques positives ne lui profitent plus.

    Mon expérience vibratoire suivante fut dans l'alignement de Karnac en Bretagne. Les dolmens dégagent vraiment « quelque chose » et il est véritablement impressionnant d'en voir le nombre et de penser aux multiples cultes qui furent célébrés à cet endroit pendant un très long temps. Karnac endroit sacré en France, Carnac endroit sacré d'Egypte. N'est-ce pas étrange ?

Plan de la cathédrale de Chartres.

 

Labyrinthe de la cathédrale de Chartres et fréquences vibratoires.

Occitanie

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