La Belle et la Bête.

 

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Lettre du bout du monde.   Montségur : le chemin des Cathares. Lettre du bout du monde.   Chartres : cathédrale-vaisseau de pierre.

Lettre du bout du monde.  La Belle et la Bête.

    On a tous été bercés durant notre enfance par les contes que nous racontaient nos mères ou nos grands-mères. Nous avons tous été ravis de ces histoires, souvent assez effrayantes, mais qui se finissaient toujours bien : Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants.

    Or, ce que ne savaient pas les petits enfants que nous étions, c'est que ces histoires, un peu extraordinaires, et qui nous paraissaient appartenir à un autre monde et à une autre époque, avaient un autre sens que celui que nous pouvions comprendre. En effet, tous les contes de notre enfance ont un double, si ce n'est un triple sens. Au-delà de l'histoire apparente, les auteurs ont laissé transparaître une autre compréhension soit de la morale, soit des personnages sinon des deux.

    C'est souvent le cas de ces contes qui remontent à un autre temps dont les auteurs connus ont emprunté l'idée d'un texte ayant une origine plus ancienne. La Fontaine n'a-t-il pas puisé la plupart des idées de ses Fables aux Grecs anciens.

    Il en est ainsi de l'histoire de la Belle et la Bête qui a effrayé nos cœurs tendres, lors des veillées, étonné notre adolescence avec le film de Jean Cocteau et ravi grands et petits par le merveilleux dessin animé de Walt Disney.

    Tout le monde connaît l'histoire que je vais pourtant te résumer au cas où tu aurais oublié ton cœur d'enfant au vestiaire des adultes.


    Or, il était une fois, il y a bien longtemps, dans un pays lointain, un jeune et beau prince qui vivait dans un magnifique château. Tout ce que son cœur désirait, il l'avait, mais il était orgueilleux et méchant. Un soir d'hiver se présenta à sa porte une vieille femme qui lui offrit une simple rose en échange d'un abri et d'un peu de chaleur dans cet hiver rude et froid. Surpris par son aspect repoussant, le prince refusa la rose et chassa la vieille femme. Celle-ci lui offrit de nouveau la rose en lui demandant de ne pas s'attacher à la première apparence et de chercher la beauté cachée. Lorsque le prince repoussa de nouveau la rose, la pauvre vieille se transforma en une belle fée. Le prince voulut s'excuser mais il était trop tard car elle avait pu voir qu'il n'y avait pas d'amour dans son cœur.

    Pour punition, elle le transforma en une horrible bête et sa merveilleuse demeure devint un vieux château délabré et tous ceux qui vivaient à l'intérieur furent prisonniers du sort. La Bête se renferma sur elle-même ayant honte de son horrible aspect. Seul un miroir magique lui permettait d'avoir une vue sur le monde extérieur. La rose, qu'elle lui avait offerte, était une véritable rose enchantée. Elle devait vivre jusqu'à ce que la Bête atteigne ses 21 ans. S'il découvrait l'amour et que cet amour lui soit donné en retour avant que le dernier pétale ne tombe, alors, l'enchantement disparaîtrait sinon, il garderait son horrible aspect de bête jusqu'à la fin des temps. Après qu'une année se soit écoulée sans que rien ne se passe, il se désespéra et perdit tout espoir que quelqu'un puisse apprendre à aimer une bête.

    Dans un village, non loin de là, vivaient La Belle et son père. Celui-ci devant se rendre à la ville perdit son chemin et fut fait prisonnier par la Bête chez qui il s'était réfugié pour se protéger des loups qui voulaient le dévorer. Inquiète de son absence prolongée, Belle le rechercha et le trouva dans le château. Afin de le libérer du cachot où il était retenu, elle promit à la Bête de prendre sa place et de demeurer à jamais dans le sinistre endroit en sa compagnie. Finalement, séduit par sa beauté, elle fût traitée comme une invitée. Une aile du château lui était cependant interdite mais Belle ne sut résister à la tentation de s'y rendre. La Bête y dissimulait sa rose enchantée et fut furieuse d'être surprise dans son intimité. Elle entra dans une épouvantable colère. De peur, Belle prit la fuite et se retrouva dans la forêt où rôdaient toujours les loups affamés par l'hiver. La Bête prise de remords partit à sa recherche et lui sauva la vie, au risque de perdre la sienne, en combattant la horde affamée. Rentré au château et guéri par les soins délicats de Belle, il ne fut plus qu'un animal désireux de rendre heureuse cette prisonnière auprès de qui il trouvait un réel plaisir à la vie. Tous deux s'éprirent d'un étrange sentiment qui leur était encore inconnu et, malgré leur différence, ils se retrouvèrent dans la lecture, la danse et la tendresse.

    Entre-temps, le père de Belle, voulant délivrer sa fille, revint au château et fut pris dans une tempête de neige. Belle découvrit sa détresse à travers le miroir magique qui lui montra les dangers qu'il courait. La Bête prise d'un attachement indéfinissable ne put résister de laisser partir Belle qui ne trouverait de bonheur auprès de Lui que si elle savait son Père hors de tout danger. Elle s'en alla donc à son secours avec l'aide des villageois. Pendant cette course éperdue, ceux-ci effrayés par l'aspect que reflétait le miroir magique que Belle avait conservé, les dires qui couraient sur le monstre prêt à dévorer leurs enfants, conclurent à combattre cette Bête monstrueuse.

    Belle, alarmée, alla aussitôt à son secours pour l'avertir du danger qu'il courait dans sa demeure. La Bête, depuis son départ, avait perdu goût à la vie et restait immobile devant sa fenêtre guettant le retour tant espéré de la Belle. Mais ce fut les cris et les hurlements de la foule en furie qui l'anéantirent comme une trahison. Quelle raison de vivre, quel besoin de combattre si Elle n'était pas à ses côtés. Alors, au milieu du tumulte qui le laissait indifférent, Belle lui apparut cherchant à le sauver, à lui éviter tous les périls qu'il courait. Malgré ses efforts, ses appels, la Bête fut terrassée et s'allongea sur le sol près de la rose qui doucement s'étiolait. Belle sentit la vie le quitter, la mort le lui prendre, l'emporter loin d'Elle. Elle fut prise de désespoir et le supplia de ne pas la quitter, de rester près d'Elle car « elle l'aimait ».

    Le dernier soupir de la Bête fut accompagné de ces paroles qu'il désirait tant entendre avant de disparaître. Le dernier pétale de rose venait de tomber. Alors, le miracle se produisit. La Bête fut transformée en un beau prince charmant, plein d'amour, de tendresse, de sentiments envers celle qu'il avait toujours espérée. Dans les bras l'un de l'autre, le château redevint la merveilleuse demeure qu'il aurait dû toujours rester et les habitants reprirent vie. Et c'est ainsi qu'ils vécurent heureux pour le reste de leur vie.


    Que nous enseigne cette histoire, quel est le sens de ceci.

    Le prince est un jeune homme, matérialiste, orgueilleux, fier de sa beauté et ne s'occupant que des plaisirs de la vie. Un jour vient à frapper à la porte de son cœur, une vieille femme qui lui demande l'hospitalité pour se protéger des intempéries en échange d'une simple rose.

    En fait, la vieille femme n'est que la représentation de l'âme du prince, d'une apparence repoussante, comme il pourrait la voir si elle se matérialisait. On lui offre de protéger son âme actuelle des laideurs de sa vie, en échange d'une âme presque parfaite : une rose rouge, symbole de pureté et d'évolution. La vieille femme guide le choix qu'il peut faire, la faculté de se transformer, de se changer en faisant un geste altruiste.

    Le prince, trop orgueilleux, la rejette et lui dit son aversion face à sa laideur, repousse son bien piètre cadeau, parce qu'au-delà des apparences matérielles il n'a pas su voir le message spirituel. La vieille femme se transforme alors en une belle fée, c'est-à-dire qu'elle lui révèle la beauté d'une âme pure et la puissance magique qui peut en émaner. C'est une initiation. La punition du prince est sans appel, il sera transformé en une bête. Son corps sera repoussant, il devra se rendre compte de la relativité de la beauté, du non-sens du matérialisme et du plaisir de la possession en demeurant dans un château peuplé de fantoches. Il devra vivre tous les jours dans la matière, son corps, qui lui fera horreur parce que la fée lui aura révélé son état, car l'âme imprègne le physique.

    D'un autre côté, il conservera la rose qui lui rappellera la réelle beauté de l'âme et un miroir magique qui sera le seul lien avec l'extérieur, une petite fenêtre sur le monde qui l'entoure dans sa solitude, mais aussi un miroir qui lui fera se souvenir de la laideur de ses pensées. Seul, l'Amour qu'il éprouvera pour quelqu'un d'autre pourra lui rendre forme humaine. Amour qui devra être partagé. Il faudra que l'être aimé transcende la laideur matérielle pour voir ce qu'il y a de meilleur chez le prince. C'est-à-dire que les deux personnes auront fait un effort sur la perception qu'elles ont du matériel et du spirituel. Ceci devra arriver avant sa majorité, avant que son cœur ne devienne trop dur, une fois que l'égoïsme de la jeunesse aura pris le dessus et que l'adulte garde pour toujours un cœur de pierre.

    Pour lui rappeler le temps qui s'écoule, il aura la rose dont les pétales se faneront peu à peu, lui montrant ainsi la dureté de son cœur et le choix qu'il doit faire. Au dernier pétale tombé, au dernier espoir de se voir évoluer, il restera prisonnier de son état de bête-homme à jamais. Il sera un adulte à l'âme déjà vieille et dure, son château restant son univers matérialiste, abandonné de tous, ses serviteurs et ceux qui l'entourent devenant eux-mêmes des objets.

    Son château représente aussi le corps dont il est prisonnier, il devra faire une introspection sur lui-même, une retraite, pour comprendre l'erreur de ses conceptions passées. Seule la Belle, et l'amour qu'elle lui donnera, le sauveront. Il saura aussi ce qu'est aimer sans rien attendre en retour. Il laissera donc partir la Belle lorsqu'elle le lui demandera malgré ses craintes de ne plus la voir revenir auprès de lui. Il fera, pour la première fois, preuve de grandeur d'âme, de compréhension et d'écoute de l'autre. Ce sera une leçon d'Amour. En effet, nul n'appartient à personne et la liberté de l'autre est déjà un premier choix d'abnégation.

    Mais que représente la Bête pour la Belle. C'est là l'étonnant de ce conte car il mêle, comme on va le voir, mysticisme et érotisme. La Belle est, en effet, une jeune fille que l'on sent tout juste sortie de l'adolescence. Elle est encore proche de son père et de l'amour elle ne connaît que le filial. Elle va donc s'aventurer dans ce château étrange qui, en fait, représente le monde de la sexualité qu'elle doit découvrir. Elle y fait ses premiers pas et y rencontre la Bête qui, symboliquement, représente l'homme, le mâle, et figure le danger, la peur de l'inconnu et de l'autre sexe. Son approche la glace, son contact la répugne, exactement comme la plupart des jeunes filles pouvaient se figurer à cette époque, et peut-être aujourd'hui encore, l'amour physique. Cependant, après s'être laissée séduire amicalement par la Bête et à force de patience de la part des deux jeunes gens, de l'apprentissage de la connaissance de l'autre, elle finira par surmonter sa peur de la sexualité et lorsqu'elle aimera vraiment, la Bête mourra à ses yeux pour faire place à un homme, à la sexualité conquise.

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