Quartier d'enfance

 

Les Minimes

    C'est à Toulouse, dans le quartier des Minimes, que Romi Boissères et Daniel Maleville ont passé leur enfance. Dans les années 1950/1960, c'était encore un endroit où les champs maraîchers bordaient les maisons et les immeubles nouvellement sortis de terre, dominaient les petites villas alentours par leur hauteur que ne lassaient pas d'étonner les anciens. Ce n'était pas encore Nouga York, mais cela impressionnait fort les propriétaires des vieilles maisons toulousaines. Le modernisme du béton et les blocs d'habitations impeccablement alignés forçaient l'admiration.

    Une fois passée la nouveauté, il fallut bien se rendre compte que cet amoncellement de population sur si peu d'espace ne favorisait pas la vie de village, la convivialité de quartier, l'aspect du charme tranquille des alentours.

    Ainsi le béton n'a pu gagner la bataille qu'il menait et l'envahisseur s'est arrêté à la construction de quelques quartiers. Piquées au vif, se rebellant, les petites villas des Minimes se sont fait la toilette, ont agrémenté leur jardin et surtout on fait tomber l'hideux crépis dont elles étaient recouvertes, parce que « ça faisait pas bien » de voir ces briques roses et rouges et que le crépis «  faisait pluss' moderne ». Exit le bulldozer des bétonneurs, retour la couleur occitane.

Ecole communale. La « terrible » mouche. Avenue des Minimes.

    Le quartier des Minimes, ou plutôt, les Minimes-Saint Roch, tient son nom d'une congrégation religieuse dont la fondation remonte à l'arrivée des frères Minimes, entre 1493 et 1503, conduit par un apôtre plein d'énergie, saint François de Paule. Ils s'établissent à l'ermitage Saint-Roch. L'église est édifiée en 1503 et les terres alentours mises en valeur. Il en résultera le peuplement d'un nouveau quartier suburbain auquel leur nom restera attaché.(1)

    Saint Roch, quand à lui, est né vers 1350 à Montpellier dans une riche famille de négociants.Il aurait abondonné sa fortune aux pauvres de la ville à l'âge de quinze ans pour endosser, à la mort de ses parents, l'habit de pèlerin et se rendre à Rome. Après un séjour de plusieurs années dans la ville sainte, Saint Roch entre dans la légende lors d'une étape à Aquapendente, une petite cité des Apennins ravagée par la peste. Par simple imposition des mains, Saint Roch guérit les malades avant d'être lui-même victime de l'épidémie. Se retirant dans un endroit désertique, il est alors soigné par un ange et nourri par un chien qui dérobe quotidiennement un pain à la table de son maître. De retour dans sa ville natale, le saint, emprisonné, soit disant pour espionnage, meurt  dans les cachots après cinq ans de détention, vers 1379. Aujourd'hui encore, les illusrations le représentant le montrent toujours accompagné d'un chien. Détail amusant, le bubon de la peste qui, selon le mythe, affectait l'aine du saint personnage, a progressivement glissé vers le genou, conséquence probable d'une pieuse pudeur.

    On peut voir sa statue dans la basilique Saint-Sernin, une plaie sur le genou, un chien à ses côtés.

La rue Pierre d'Aragon. La maison de D. Maleville. L'église des Minimes.

    Voici, ci-après, un extrait du roman Le Disciple qui raconte le quartier des Minimes dans les années 1950/1960.

   « ... j'apprenais la vie dans ce quartier de mon enfance, aux Minimes, en allant à pied à l'école, faisant tourner le plus vite que je pouvais la pompe à eau municipale, que toute rue possédait, pour voir surgir un flot que je voulais ininterrompu. L'hiver, les cheminées crachaient leur fumée blanche ou grise et tout le quartier sentait bon le feu de bois. Je passais par une étable, oui, une étable, à quinze minutes de la place du Capitole, où se pressaient des vaches dont je me demandais bien où elles pouvaient aller brouter, peut-être dans les champs maraîchers qui essaimaient, encore à cette époque là, mon quartier. L'immeuble était connu sous le nom de « la mouche » du fait de la très grosse représentation en terre cuite de cet insecte sur l'un des murs. Lorsque j'étais petit, mais vraiment petit, je n'avais qu'une peur, c'est que cette sculpture prenne vie car elle avait certainement gardé le côté maléfique de celui qui avait pensé décorer son mur ainsi. Plus loin, je rencontrais un grand atelier ouvert sur d'immenses verrières et mes yeux ébahis, où un artiste peintre dessinait et coloriait les grandes affiches que les cinémas de la ville lui commandaient. Je m'arrêtais tous les jours pour suivre l'évolution du dessin et essayais de percer le secret, pour m'en servir plus tard, me disais-je, de la technique du mélange des couleurs.

     C'était le temps de l'école communale et des blouses grises, du béret que l'on retirait devant le directeur en entrant, de la corvée de remplissage des encriers pour l'écriture à la plume sergent-major et des poêles au charbon pour chauffer la classe. C'était en 1957, l'année où l'on ne vit plus dans les rues de Toulouse les tramways électriques à cathéters promener leur couleur verte et accueillir les passagers sur des sièges en bois vernis au son d'une cloche annonçant le départ. C'était le temps où les passages du rémouleur dans notre rue se faisaient de plus en plus rares ainsi que ceux de la marchande de lait caillé, tirant sa carriole, toute vêtue de blanc comme si elle venait de quitter son magasin. Je ne vis plus, à partir de cette époque, le maréchal-ferrant de la place Arnaud Bernard qui se saisissait des pattes des chevaux pour y fixer à grands coups de marteau les fers qui faisaient un si grand bruit sur les pavés du boulevard Lascrosses. »

Les orgues des Minimes. Un des vitraux. Place du monument aux morts.

 

Mur traditionnel.

(1) Lire à ce sujet l'excellent livre de Marc Miguet, ancien professeur de Daniel Maleville et de Romi Boissères :   LES MINIMES - Association Les Amis des Archives de la Haute-Garonne - ISBN 2.907.416.23.5

Aller à la page de l'auteur : Daniel Maleville

Retour  Suivante
Images de Toulouse au XXIe siècle, pages : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6

Occitanie

Les pages de l'album photos
Aller vers : Toulouse au XXIe siècle - Daniel Maleville1900 - 1533 - Les poèmes toulousains - Le parler toulousain - La cuisine régionale  - Le blason

Aller vers les pages :
Accueil    Le Disciple    Lettres du bout du monde    Album photos    Plan du site    Liens

Haut de page.